Origine et contexte de la proposition de loi Lagleize
Tout commence avec un constat simple : en France, acheter un logement coûte cher. Très cher. Et une bonne partie de cette addition, c'est le terrain qui la fait exploser.
C'est ce problème que Jean-Luc Lagleize, alors député, a voulu attaquer de front en octobre 2019, en déposant sa proposition de loi à l'Assemblée nationale. Adoptée en première lecture la même année, elle n'a jamais franchi l'étape du Sénat, ce qui explique pourquoi le sujet refait surface en 2025 avec autant de questions.
Pourquoi cette réforme a-t-elle émergé ? Genèse et auteur
Jean-Luc Lagleize, député MoDem de la Haute-Garonne, dépose sa proposition de loi en octobre 2019. Le timing n'est pas anodin : les prix de l'immobilier flambent depuis des années dans les grandes villes, et l'accession à la propriété devient un rêve inaccessible pour une large partie des Français.
Son point de départ ? Un rapport parlementaire qu'il co-rédige sur le foncier, qui met en lumière une réalité souvent ignorée : dans certaines métropoles, le terrain représente jusqu'à 50 % du prix d'un logement neuf. Autrement dit, tu paies autant pour le sol que pour les murs.
L'idée centrale de Lagleize : dissocier la propriété du terrain de celle du bâtiment. Un mécanisme qui existe déjà à petite échelle - notamment via le Bail Réel Solidaire - mais que la proposition de loi veut généraliser et rendre accessible au plus grand nombre.
Le problème du coût du foncier dans l'accession à la propriété en France
En France, le prix d'un logement neuf, ce n'est pas que la construction. Le terrain, lui, peut représenter 30 à 50 % du coût total dans les zones tendues, parfois plus à Paris ou Lyon.
Et ce foncier, il n'a pas arrêté de grimper. Depuis les années 2000, les prix des terrains ont augmenté bien plus vite que les revenus des ménages. Résultat : des centaines de milliers de familles capables de financer une maison... mais pas le sol sur lequel elle repose.
| Zone géographique | Prix du foncier | Part dans le prix final |
|---|---|---|
| Paris | > 10 000 €/m² | Jusqu'à 70 % |
| Métropoles régionales | 500 - 2 000 €/m² | Doublé en 20 ans |
| Grande couronne | 200 - 500 €/m² | 30 à 40 % |
C'est ce décrochage entre salaires et coût du foncier qui bloque l'accession à la propriété pour les classes moyennes. Pas le crédit, pas les taux : le terrain. La proposition Lagleize part de là : si on ne peut pas faire baisser le foncier, autant le sortir de l'équation.
Le foncier, principal frein à la propriété
Dans certaines grandes villes françaises, le terrain représente jusqu'à 50 à 70 % du prix d'un bien immobilier. C'est ce décrochage structurel entre revenus des ménages et coût du sol que la loi Lagleize cherche à corriger, en dissociant l'achat du bâtiment de celui du terrain.
Les objectifs officiels de la loi Lagleize
Trois ambitions principales structurent la proposition de loi Lagleize :
- Rendre l'accession à la propriété accessible aux ménages modestes et aux primo-accédants, en retirant le coût du terrain de l'équation
- Libérer du foncier public (terrains de l'État, des communes, des bailleurs sociaux) pour accélérer la construction là où c'est vraiment nécessaire
- Lutter contre l'étalement urbain, en favorisant la densification maîtrisée plutôt que l'extension en périphérie
Derrière ces objectifs, il y a aussi une logique d'urbanisme plus large. Le dispositif est pensé pour s'articuler avec les outils existants : PLU, SCOT, et la politique ZAN (zéro artificialisation nette). L'idée, c'est de ne pas juste bricoler les prix, mais de repenser en profondeur comment on produit du logement en France.
Un projet ambitieux, donc. La question, c'est de savoir si les textes d'application suivront.
Le principe fondateur : séparer le foncier du bâti
L'idée centrale de la loi Lagleize, c'est aussi simple que ça : quand tu achètes un logement, tu n'achètes que le logement. Pas le terrain en dessous. Le sol reste la propriété d'un organisme tiers, et toi tu deviens propriétaire des murs, du toit, de l'espace de vie. Deux patrimoines distincts, deux propriétaires différents.
C'est ce qu'on appelle la dissociation foncier/bâti. Un principe qui existe déjà dans d'autres pays, et qui commence à faire son chemin en France.
Propriétaire du logement, pas du terrain
La dissociation foncier/bâti n'est pas une location déguisée. Tu es bien propriétaire de ton logement, avec un titre de propriété réel. Tu peux y vivre, le transmettre, le revendre. La seule différence : le terrain reste à part, géré par un organisme dédié.
Comment fonctionne le démembrement entre terrain et construction ?
Le terrain reste la propriété d'un organisme tiers, un OFS ou une collectivité. Toi, tu achètes uniquement le bâti. C'est ça, le démembrement.
Concrètement, ça fonctionne comme ça :
- Le foncier appartient à l'organisme, qui le "met à disposition" via un bail de longue durée (18 à 99 ans).
- Le bâti t'appartient pleinement : tu peux l'habiter, le rénover, le transmettre.
- Tu payes une redevance à l'organisme foncier, en échange de l'usage du terrain.
Ce n'est pas une location déguisée. Tu es bien propriétaire de ton logement, avec un titre de propriété réel. Juste pas du sol en dessous. Ce découplage, c'est exactement ce qui fait chuter le prix d'achat, parfois de 20 à 40 % selon la zone.
Le bail foncier de 18 à 99 ans : modalités et conditions
18 ans minimum, 99 ans maximum. C'est la durée du bail foncier que tu signes avec l'organisme propriétaire du terrain.
Concrètement, voilà comment ça se passe :
- La durée : librement négociée dans cette fourchette, souvent calée autour de 60 à 80 ans en pratique
- La redevance : tu paies une somme annuelle modeste à l'organisme foncier, en contrepartie de l'usage du sol
- Le renouvellement : à l'échéance, le bail peut être reconduit. Tu n'es pas expulsé du jour au lendemain
- La transmission : le bail se transmet à tes héritiers ou à l'acheteur si tu revends ton bien
Ce qui est important à retenir : ce bail est un contrat réel, opposable aux tiers. Il est publié au fichier immobilier, ce qui sécurise ta position juridique. Tu n'es pas locataire du sol dans le sens classique du terme : tu en as l'usage garanti, encadré par la loi.
Le foncier, c'est 30 à 50 % du prix dans les zones tendues
En excluant le terrain de l'achat, la loi Lagleize cible précisément la part la plus inflationniste du bien immobilier. Dans les grandes villes, le foncier peut représenter jusqu'à la moitié du prix total : c'est exactement ce levier qui rend l'accession possible là où elle était bloquée.
Qui est propriétaire de quoi ? Droits et obligations de l'acquéreur
Tu achètes le bâti, pas le sol. Mais concrètement, ça te donne quoi comme droits ?
Ce que tu possèdes vraiment :
- Le logement (murs, équipements, aménagements intérieurs)
- Le droit d'occuper le terrain pendant toute la durée du bail
- La possibilité de revendre ou de transmettre ton bien, sous conditions fixées par le bail
Ce que tu ne possèdes pas :
- Le terrain lui-même
- La liberté de revendre à n'importe quel prix (un mécanisme d'encadrement s'applique pour maintenir l'accessibilité du logement)
Tes obligations en tant qu'acquéreur :
- Payer la redevance foncière à l'organisme propriétaire du terrain
- Entretenir le logement correctement
- Respecter les clauses du bail foncier (usage, travaux, sous-location éventuelle)
Le mot clé ici, c'est "propriétaire partiel". Tu as tous les avantages du quotidien (tu occupes, tu aménages, tu revends), mais le terrain reste hors de ton patrimoine. C'est le deal qui rend le prix d'achat accessible.
Loi Lagleize et Bail Réel Solidaire (BRS) : similitudes et différences
BRS et loi Lagleize, c'est un peu la même famille, mais pas les mêmes ambitions. Le BRS existe déjà, la loi Lagleize veut aller beaucoup plus loin. Voilà ce qui les distingue vraiment.
| Critère | Bail Réel Solidaire (BRS) | Loi Lagleize |
|---|---|---|
| Conditions de ressources | Oui - plafonds de revenus | Non - ouvert à tous |
| Organismes gestionnaires | OFS uniquement | OFS + nouveaux OFL + autres |
| Zones d'application | Zones tendues principalement | Tout le territoire |
| Cadre légal | Loi Alur 2014 + Macron 2015 | Proposition en cours |
| Réduction de prix estimée | 20 à 40 % | Objectif similaire voire supérieur |
| Durée du bail foncier | 18 à 99 ans | 18 à 99 ans |
BRS vs loi Lagleize : même ADN, périmètre différent
Le BRS est réservé aux ménages modestes en zones tendues, géré exclusivement par des OFS. La loi Lagleize reprend la même logique de dissociation foncier/bâti, mais sans conditions de ressources, sur tout le territoire, et avec de nouveaux opérateurs (les OFL).
Ce que la loi Lagleize reprend du BRS
Le BRS a posé les bases. La loi Lagleize s'en inspire clairement, et l'assume.
Les deux dispositifs partagent le même ADN : séparer la propriété du sol de celle du bâti pour réduire le prix d'achat. Dans les deux cas, tu achètes le logement, pas le terrain. Et dans les deux cas, un organisme tiers conserve la propriété du foncier via un bail de longue durée.
Autres points communs concrets :
- La durée du bail : jusqu'à 99 ans dans les deux systèmes
- La redevance foncière : tu paies une rente annuelle à l'organisme propriétaire du sol
- L'encadrement à la revente : le prix de cession est plafonné pour éviter la spéculation
- L'objectif social : favoriser l'accession à la propriété pour les ménages qui en sont aujourd'hui exclus
C'est cette dernière logique que la loi Lagleize reprend mot pour mot du BRS, avant d'aller plus loin dans son périmètre d'application.
En quoi la loi Lagleize va plus loin : un mécanisme plus large et plus souple
Le BRS, c'est bien. Mais la loi Lagleize, c'est plus ambitieux.
Première grande différence : l'accès. Le BRS est réservé aux ménages sous conditions de ressources. La loi Lagleize, elle, ouvre la dissociation foncier/bâti à tout le monde, sans plafond de revenus. Un ménage aisé peut en bénéficier autant qu'un primo-accédant modeste.
Deuxième différence : les acteurs. Le BRS ne passe que par les OFS (Organismes de Foncier Solidaire). La loi Lagleize prévoit de nouveaux opérateurs, les OFL (Organismes de Foncier Libre), pour élargir le dispositif à l'ensemble du territoire, y compris là où les OFS sont absents.
Troisième différence : l'échelle. Le BRS reste un outil ciblé. La loi Lagleize vise une transformation structurelle du marché immobilier français, en rendant la dissociation foncière la norme plutôt que l'exception.
En résumé : même logique, mais un périmètre bien plus large et une souplesse inédite.
Le rôle des Organismes de Foncier Solidaire (OFS) dans les deux dispositifs
Dans les deux cas, les OFS sont au cœur du mécanisme. Ce sont eux qui détiennent le foncier, signent le bail de longue durée avec l'acquéreur, et garantissent que le terrain reste hors du marché spéculatif.
Leur histoire est courte mais dense :
- 2014 : la loi ALUR les crée
- 2015 : la loi Macron invente le BRS, qui leur donne leur premier vrai rôle
- 2018 : la loi ELAN élargit leur création aux entreprises sociales et sociétés d'économie mixte
Avec la loi Lagleize, leur périmètre évolue encore. La proposition introduit de nouveaux acteurs, les Organismes Fonciers Libres (OFL), pour gérer les terrains hors critères sociaux. Les OFS restent pilotes sur le segment solidaire, mais ils ne sont plus seuls à la manœuvre. L'idée : démultiplier les porteurs fonciers pour couvrir tout le territoire, pas seulement les zones tendues.
À retenir sur les OFS
Les OFS ont été créés en 2014 par la loi ALUR. Avec la loi Lagleize, ils conservent leur rôle central sur le segment solidaire, mais de nouveaux opérateurs (les OFL) entrent dans la danse pour couvrir les zones et les profils d'acheteurs hors critères sociaux.
Impact concret sur l'accession à la propriété
On entre dans le vif du sujet. Parce que les principes, c'est bien, mais ce qui t'intéresse vraiment, c'est combien tu économises concrètement.
La réponse courte : beaucoup. Le foncier représente en moyenne 30 à 50 % du prix d'un bien immobilier en zone tendue. En le retirant de l'équation, la loi Lagleize pourrait faire baisser le coût d'achat dans les mêmes proportions. Pour un primo-accédant ou un ménage modeste, ça change tout.
Ce mécanisme ouvre l'accès à la propriété à des profils qui en étaient structurellement exclus, non parce qu'ils ne méritaient pas, mais parce que les prix avaient décroché de leurs revenus.
Réduction du prix d'achat : exemple chiffré et cas pratique
Prenons un exemple concret. À Paris ou Lyon, le foncier représente facilement 40 à 50 % du prix total d'un bien. Sur un appartement affiché à 300 000 €, ça fait entre 120 000 € et 150 000 € rien que pour le terrain.
Avec le mécanisme Lagleize, tu n'achètes que le bâti. Le terrain reste détenu par un OFS, contre un loyer foncier modeste (souvent entre 1 € et 3 € par m² et par mois).
Ce que ça donne en chiffres :
Exemple chiffré : appartement 60 m² à Lyon
- Valeur totale du bien : 280 000 €
- Part foncière estimée (45 %) : 126 000 €
- Prix d'achat sous régime Lagleize : environ 154 000 €
- Loyer foncier mensuel : autour de 60 à 90 €
Soit une économie à l'achat de plus de 40 %. Pour un primo-accédant, ça change tout.
Bon à savoir
Le loyer foncier versé à l'OFS n'est pas une charge à fonds perdus. Dans certains dispositifs, il peut être partiellement récupérable ou déduit fiscalement. Les modalités exactes dépendent du cadre législatif final : à surveiller de près avant de signer quoi que ce soit.
En zone tendue, où le foncier flambe, l'impact est encore plus fort. C'est précisément là que la proposition de loi Lagleize 2025 cible ses effets.
Les bénéfices pour les ménages modestes et les primo-accédants
C'est là que le dispositif prend tout son sens. Parce que les chiffres, c'est bien, mais derrière, il y a des gens concrets : le couple qui galère à économiser un apport, le jeune actif qui voit les prix exploser dans sa ville, la famille qui veut sortir de la location sans s'endetter sur 30 ans.
La loi Lagleize cible directement ces profils. En ne payant que le bâti, les primo-accédants et les ménages aux revenus intermédiaires accèdent à la propriété dans des zones tendues où c'était tout simplement inenvisageable avant. Moins d'apport nécessaire, moins de crédit, moins de pression financière.
Concrètement, ça change quoi ?
- Un accès à la propriété neuve 20 à 40 % moins cher qu'un bien classique
- Un crédit immobilier réduit, donc des mensualités plus supportables
- Une résidence principale stable, sans dépendre du marché locatif
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Une meilleure sécurité juridique pour les acquéreurs
Acheter sous le régime Lagleize, c'est pas juste économiser sur le prix : c'est aussi avoir un cadre juridique solide derrière toi.
Le bail foncier, qu'il soit de 18 à 99 ans, est encadré contractuellement avec des règles claires sur la revente, la transmission et les droits de l'acquéreur. Pas de zone grise. Tu sais exactement ce que tu possèdes, ce que tu peux faire avec, et dans quelles conditions.
Quelques garanties concrètes prévues par le dispositif :
| Garantie | Ce que ça signifie concrètement |
|---|---|
| Droit de revente | Encadré mais réel : tu n'es pas bloqué |
| Transmission aux héritiers | Possible dans les mêmes conditions |
| Obligations de l'OFS | Soumis à des contraintes légales strictes |
| Contrat de bail | Enregistré, opposable aux tiers |
Résultat : moins d'incertitude, moins de risques de litige. C'est justement ce qui manquait aux dispositifs précédents : une architecture juridique lisible, pas un maquis de clauses incompréhensibles.
Conséquences pour les acteurs du marché immobilier
La loi Lagleize ne chamboule pas que les acheteurs. Elle redistribue aussi les cartes pour tous les pros de l'immobilier. Promoteurs, constructeurs, investisseurs - personne n'est épargné par ce nouveau paradigme. Et certains ont de bonnes raisons de s'inquiéter.
Quel impact pour les promoteurs immobiliers ?
Pour les promoteurs, le dispositif Lagleize change la donne, et pas qu'un peu.
Jusqu'ici, intégrer le coût du foncier dans le prix de vente final, c'était le modèle classique. Avec la séparation foncier/bâti, ce modèle vole en éclats. Le promoteur ne vend plus le terrain : il cède uniquement le bâti, pendant qu'un OFS ou une collectivité conserve la propriété du sol.
Concrètement, ça implique :
- Des montages financiers à repenser : les banques et investisseurs doivent s'adapter à des actifs partiellement démembrés
- Des marges à recalibrer : moins de valeur foncière dans l'équation, mais potentiellement plus de volume si la demande décolle
- De nouveaux partenaires obligatoires : travailler avec des OFS, ça ne s'improvise pas
Certains promoteurs y voient une opportunité de toucher des ménages jusqu'ici exclus du marché. D'autres redoutent une complexité administrative supplémentaire. La réalité, c'est probablement les deux.
Quels enjeux pour les constructeurs de maisons individuelles ?
Les constructeurs de maisons individuelles, eux, se retrouvent dans une position un peu particulière.
Bonne nouvelle d'abord : la loi Lagleize pourrait relancer la demande pour le neuf individuel. Moins cher à l'achat grâce à la dissociation foncier/bâti, le pavillon redevient accessible pour des ménages qui avaient abandonné l'idée. Et avec la réintégration des maisons individuelles dans l'éligibilité au PTZ, confirmée en loi de finances 2025, le timing est plutôt favorable.
Mais il y a un revers. Les constructeurs devront s'adapter à un modèle où le terrain n'appartient plus à l'acheteur. Ça change les montages contractuels, les garanties, et parfois les relations avec les banques.
Les points à surveiller :
- Adaptation des contrats de construction (CCMI) au régime de bail foncier
- Nouvelles exigences des établissements prêteurs sur les garanties
- Repositionnement commercial sur l'argument "propriétaire du bâti"
PTZ et maisons individuelles
Depuis la loi de finances 2025, les maisons individuelles neuves sont à nouveau éligibles au Prêt à Taux Zéro. Combiné à la dissociation foncier/bâti de la loi Lagleize, ce retour du PTZ renforce l'accessibilité du neuf individuel pour les primo-accédants.
Effets attendus sur les prix de l'immobilier et la disponibilité des terrains
Là, on touche au cœur du débat. Est-ce que séparer le foncier du bâti va vraiment faire baisser les prix ? La réponse honnête : peut-être, mais pas mécaniquement.
L'idée, c'est qu'en retirant le terrain de l'équation, les prix d'achat deviennent plus accessibles. Logique sur le papier. Mais si la demande explose sur les biens "Lagleize", les prix du bâti pourraient remonter d'eux-mêmes. Le marché, c'est têtu.
Sur la disponibilité des terrains, le potentiel est réel. Les collectivités et les OFS pourraient mobiliser du foncier public dormant, des terrains qui ne seraient jamais entrés dans le circuit classique. Résultat attendu : plus de logements construits sur des zones jusqu'ici bloquées par des prix prohibitifs.
Ce qu'on peut raisonnablement espérer :
Effets attendus sur le marché foncier
- Une pression à la baisse sur les prix dans les zones tendues
- Une meilleure rotation du foncier public
- Moins de rétention spéculative sur les terrains bien situés
Mais sans encadrement des loyers et sans politique foncière volontariste en parallèle, la loi Lagleize ne fera pas de miracle toute seule.
Les limites, critiques et défis de la loi Lagleize
Le tableau est séduisant sur le papier. Mais comme toute réforme ambitieuse, la loi Lagleize traîne quelques boulets.
Les principales critiques formulées par les professionnels et économistes
Première objection, et elle est solide : séparer le foncier du bâti ne fait pas disparaître la valeur du terrain. Elle est juste déplacée. Le ménage paie moins à l'achat, mais il règle une redevance foncière pendant des décennies. Sur 40 ans, l'addition peut rattraper, voire dépasser, le prix d'un achat classique.
Autre critique régulière : le dispositif favorise surtout les zones tendues où le foncier est cher. En zone rurale ou périurbaine, l'économie réalisée est souvent trop faible pour justifier la complexité du montage.
Certains économistes pointent aussi un risque de captation : si les Organismes de Foncier Solidaire (OFS) gèrent mal leur patrimoine, la promesse sociale s'évapore vite.
Premier reproche qui revient souvent : le dispositif ne crée pas de vraie propriété. Payer pour un logement sans jamais posséder le terrain, pour beaucoup de Français, ça ressemble à de la location déguisée. Le mot "propriétaire" perd de son sens, et psychologiquement, c'est un frein réel.
Les économistes, eux, pointent un autre problème : rien ne garantit que les organismes gestionnaires du foncier fixeront des redevances raisonnables sur le long terme. Un bail de 99 ans, c'est long. Beaucoup de choses peuvent changer.
Les professionnels de l'immobilier soulèvent aussi des questions concrètes :
- La revente reste complexe : trouver un acheteur prêt à reprendre un bail en cours, c'est un marché beaucoup plus étroit
- Le financement bancaire est incertain : les banques ne savent pas encore bien évaluer ce type de bien
- La transmission aux héritiers pose des questions juridiques non résolues
Enfin, certains experts rappellent que le vrai problème, la rareté des terrains constructibles, n'est pas traité à la racine. La loi Lagleize contourne le foncier, elle ne le réforme pas.
Un calcul sur le long terme à ne pas négliger
Sur 40 ans de redevance foncière, le coût total peut rattraper, voire dépasser, celui d'un achat classique en pleine propriété. Avant de s'engager, il est indispensable de simuler le coût global du montage, redevance incluse.
Une fiscalité et des modalités de financement à adapter
Là, c'est le chantier le plus concret. Le droit fiscal français n'est pas taillé pour la dissociation foncier/bâti à grande échelle.
Aujourd'hui, les banques financent un bien immobilier dans sa globalité, terrain compris. Avec la loi Lagleize, l'acquéreur n'achète que le bâti. Résultat : les établissements de crédit ne savent pas trop comment évaluer la garantie hypothécaire. Pas de terrain = moins de sécurité pour eux = potentiellement des conditions de prêt moins favorables.
Côté fiscal, c'est flou aussi. La TVA, les droits de mutation, la taxe foncière... tout ça a été conçu pour de la pleine propriété. Sur un démembrement foncier, qui paie quoi ? À quel taux ? Les textes actuels ne répondent pas clairement à ces questions.
| Point de blocage | Situation actuelle | Impact pour l'acquéreur |
|---|---|---|
| TVA réduite | Applicable au BRS, non étendue au dispositif Lagleize | Coût d'acquisition potentiellement plus élevé |
| Droits de mutation | Calcul sur la seule valeur du bâti encore flou juridiquement | Insécurité juridique à la transaction |
| Taxe foncière | Conçue pour la pleine propriété, répartition incertaine | Risque de double imposition ou de litige |
| Financement bancaire | Garantie hypothécaire affaiblie sans terrain | Conditions de prêt moins favorables |
Sans adaptation du droit fiscal et des pratiques bancaires, le dispositif risque de rester une belle idée que peu de ménages pourront concrètement utiliser.
Les défis opérationnels : observatoires fonciers et fonds dédiés
Pour que le dispositif tourne vraiment, il faut deux briques opérationnelles qui n'existent pas encore à l'échelle nationale.
Les observatoires fonciers. La loi Lagleize suppose de connaître précisément la valeur du foncier territoire par territoire. Sans données fiables et actualisées, impossible de fixer un loyer foncier juste ni de contrôler les dérives. Mettre en place ces observatoires demande du temps, des moyens humains et une coordination entre collectivités locales, État et acteurs privés. Pas gagné.
Un fonds dédié. Pour que les OFS puissent acquérir du foncier en masse et le dissocier du bâti, il faut des capitaux importants. Qui finance ? À quelle hauteur ? Avec quel rendement attendu ? Ces questions restent sans réponse claire aujourd'hui.
Le dispositif suppose également :
- Des observatoires fonciers fiables pour fixer des redevances justes et éviter les abus
- Des fonds publics dédiés pour que les collectivités puissent acquérir et gérer du foncier sur le long terme
- Une coordination entre communes, OFS et promoteurs qui, aujourd'hui, est loin d'être rodée
Résultat : même si la loi passait demain, le déploiement concret prendrait plusieurs années. La mécanique est belle, mais le moteur n'est pas encore monté.
Où en est la proposition de loi ?
La proposition de loi Lagleize n'a jamais été adoptée définitivement par le Parlement. Tant qu'elle n'est pas votée et promulguée, l'ensemble du dispositif reste théorique et ne peut pas être déployé sur le territoire.
Un risque d'encouragement à la location plutôt qu'à la pleine propriété
C'est peut-être le risque le plus insidieux du dispositif.
En dissociant terrain et bâti, la loi Lagleize crée mécaniquement une situation où l'acquéreur ne possède jamais vraiment "tout". Et ça, psychologiquement, c'est un vrai frein. Pour beaucoup de Français, la propriété c'est le terrain + les murs. Pas l'un sans l'autre.
Le danger pointé par plusieurs économistes : on pourrait voir émerger une génération d'acheteurs qui, face à la complexité du montage, préfèrent finalement rester locataires. Pourquoi s'engager sur 30 ans de crédit pour un bien dont on ne maîtrise pas le foncier, quand on peut louer sans contrainte ?
Résultat redouté : un marché locatif qui grossit, une propriété foncière qui rétrécit, et une dépendance accrue aux bailleurs et aux OFS sur le long terme. L'anti-thèse de l'objectif initial.
État d'avancement et perspectives d'application en 2025-2026
Sur le papier, la proposition de loi Lagleize a tout pour séduire. Dans les faits, elle avance lentement - très lentement.
Déposée en 2019, elle n'a jamais franchi le cap de l'adoption définitive. En 2025, le texte reste une proposition, pas une loi. Le contexte politique instable des dernières années n'a pas aidé à faire avancer ce type de réforme structurelle.
Ce qui existe aujourd'hui, c'est le Bail Réel Solidaire, qui en reprend les grandes lignes mais dans un cadre plus restreint. La loi Lagleize, elle, attend toujours son heure.
Pas encore en vigueur
La loi Lagleize n'est pas une loi applicable en 2025. Il s'agit toujours d'une proposition de loi déposée en 2019, jamais adoptée définitivement. Seul le Bail Réel Solidaire (BRS) constitue aujourd'hui un dispositif légal opérationnel s'en inspirant.
Où en est la proposition de loi dans le parcours législatif ?
Déposée à l'Assemblée nationale en novembre 2019 par Jean-Luc Lagleize, la proposition de loi a été adoptée en première lecture par les députés le 28 novembre 2019, sans aucun vote contre. Un démarrage prometteur.
Sauf que depuis, c'est le calme plat.
Le texte n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour du Sénat. Pas de deuxième lecture, pas de commission mixte paritaire, pas d'adoption définitive. En 2025, la proposition reste techniquement en suspens - ni enterrée, ni relancée.
Quelques raisons à ce blocage :
- La crise du Covid a redistribué les priorités législatives dès 2020
- Le contexte politique (dissolution, gouvernements successifs) a ralenti l'agenda parlementaire
- Les lobbies du foncier et de la promotion immobilière ont exercé une pression constante
Les conditions nécessaires à une mise en œuvre effective
Pour que la loi Lagleize passe du rapport PDF à la réalité du terrain, plusieurs conditions doivent être réunies, et aucune n'est anodine.
Un cadre législatif finalisé. La proposition doit d'abord franchir le Sénat, puis être promulguée. Sans texte définitif, impossible de construire quoi que ce soit dessus.
Des outils de financement adaptés. Les banques doivent accepter de financer un bien dont le terrain ne t'appartient pas. Aujourd'hui, c'est encore flou pour la plupart des établissements.
Des municipalités prêtes. Les collectivités locales devront réorganiser leurs procédures administratives pour délivrer les autorisations nécessaires. Certaines y sont favorables, d'autres beaucoup moins.
Des organismes de foncier solidaire en nombre suffisant pour porter les terrains sur la durée, jusqu'à 99 ans, rappelons-le.
Sans ces quatre piliers, la réforme reste une belle intention sur le papier.
| Condition | État actuel |
|---|---|
| Cadre législatif finalisé | Bloqué au Sénat |
| Financement bancaire adapté | Encore flou pour la plupart des banques |
| Municipalités prêtes | Variable selon les collectivités |
| OFS en nombre suffisant | Dispositif BRS déjà opérationnel |
Ce que les futurs acheteurs doivent surveiller
Pas besoin d'être juriste pour suivre l'évolution de ce dossier. Quelques réflexes suffisent.
Surveille les annonces parlementaires. Si la proposition repart en navette législative, ça se verra dans l'agenda de l'Assemblée nationale et du Sénat. Les sites officiels (assemblee-nationale.fr, senat.fr) permettent de suivre l'avancement d'un texte en temps réel.
Renseigne-toi sur le BRS dès maintenant. Puisque la loi Lagleize s'en inspire directement, comprendre le Bail Réel Solidaire te donne une longueur d'avance. Les Organismes de Foncier Solidaire (OFS) actifs dans ta région sont déjà opérationnels, et les logements BRS, eux, existent vraiment.
Anticipe les obligations liées à ce type de bien. Sous ce régime, tu seras propriétaire du bâti mais pas du terrain. Ça change les règles à la revente, à la transmission, et parfois au financement bancaire. Mieux vaut le savoir avant de signer.
Questions fréquentes sur la loi Lagleize
Encore des zones d'ombre sur la loi Lagleize ? Normal. C'est un sujet technique qui soulève beaucoup de questions, et pas toujours des réponses claires. On fait le point sur les plus fréquentes.
La loi Lagleize n'est pas encore applicable
En 2025, la loi Lagleize reste une proposition de loi. Aucun acheteur ne peut aujourd'hui en bénéficier directement. Les annonces qui en parlent comme d'une réalité immédiate relèvent du marketing anticipatoire.
La loi Lagleize est-elle déjà en vigueur en 2025 ?
Non, pas encore. En 2025, la loi Lagleize reste une proposition de loi : elle n'a pas été adoptée par le Parlement et n'est donc pas applicable. Le texte a été déposé, débattu, amendé... mais jamais définitivement voté. Résultat : aucun acheteur ne peut aujourd'hui acquérir un bien sous ce régime de dissociation foncier/bâti, sauf via le Bail Réel Solidaire qui, lui, existe déjà et fonctionne sur un principe similaire. Ce que ça veut dire concrètement : les annonces qui parlent de "loi Lagleize 2025" comme d'une réalité immédiate, c'est du marketing anticipatoire. Le mécanisme est séduisant sur le papier, mais il faudra attendre une adoption législative officielle pour qu'il change quoi que ce soit sur le marché.
Peut-on revendre un bien acquis sous le régime de la loi Lagleize ?
Oui, la revente est possible. Mais elle ne fonctionne pas comme une vente classique. Ce que tu revends, c'est uniquement le bâti, pas le terrain, qui reste la propriété de l'organisme foncier. L'acheteur suivant reprend donc le bail foncier aux mêmes conditions, pour la durée restante. Conséquence directe : le prix de revente est mécaniquement plafonné. Pas question de faire une plus-value explosive sur le foncier, puisque tu n'en es pas propriétaire. C'est précisément l'un des objectifs du dispositif : éviter la spéculation et maintenir des logements accessibles sur le long terme. Ce mécanisme ressemble à ce qui existe déjà dans le Bail Réel Solidaire, où les OFS encadrent strictement les conditions de cession. Bref : on peut revendre, mais dans un cadre défini. Pas de jackpot foncier, mais une vraie propriété transmissible.
La loi Lagleize s'applique-t-elle aux maisons individuelles et aux appartements ?
Sur le papier, la proposition de loi Lagleize vise large. Elle ne cible pas un type de logement en particulier : maisons individuelles et appartements sont tous les deux concernés par le principe de séparation du foncier et du bâti. Pour une maison individuelle, le terrain reste la propriété de l'organisme foncier, tu achètes la construction. Logique simple, facile à visualiser. Pour un appartement, c'est plus complexe : le foncier est mutualisé entre tous les copropriétaires du bâtiment, ce qui suppose une adaptation des règles de copropriété existantes. C'est justement sur ce point que le texte manque encore de précision. Les modalités pour les immeubles collectifs restent floues, et ça fait partie des défis opérationnels à résoudre avant toute mise en œuvre réelle.
Quelle différence entre la loi Lagleize et le bail emphytéotique ?
Les deux mécanismes reposent sur la même idée de base : tu deviens propriétaire du bâti, pas du terrain. Mais là s'arrête la ressemblance. Le bail emphytéotique existe depuis des siècles. C'est un contrat de longue durée (18 à 99 ans) qui te permet d'occuper et d'améliorer un terrain appartenant à quelqu'un d'autre, en échange d'une redevance. Il est utilisé par les collectivités, les établissements publics, les particuliers... sans condition de ressources, sans encadrement social particulier. La loi Lagleize va plus loin : elle crée un vrai droit de propriété sur le bâti plus solide juridiquement, intègre une dimension de régulation des prix du foncier à l'échelle du territoire, et s'articule avec les politiques d'urbanisme (PLU, ZAN, densification). En clair : le bail emphytéotique est un outil contractuel. La loi Lagleize, c'est une réforme structurelle qui ambitionne de transformer le marché immobilier en profondeur, pas juste de te faire signer un bail longue durée.
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La loi Lagleize n'est pas encore applicable, mais des dispositifs concrets existent aujourd'hui. Simulation APL, vérification des loyers, analyse de quartier : nos outils gratuits t'aident à y voir plus clair et à trouver le logement qui correspond à ton budget.